EN BREF
- À l’été 2010, Amanda Doiron et Stuart Rostant ont fait leurs valises pour une aventure d’un an à Cambridge Bay, un hameau d’environ 2 000 personnes dans le Nord du Canada.
- Cela fait maintenant 15 ans qu’ils vivent dans ce coin de pays. Ils y ont construit leur première maison, expérimenté diverses technologies du bâtiment résidentiel et mis au point une solution de logement modulaire évolutive. Cette solution pourrait transformer la construction et la livraison de logements dans le Nord canadien.
- Avec le soutien du Défi d’offre de logement, Amanda et Stuart ont bâti une usine de production de logements modulaires en environnement contrôlé au Manitoba. Cette usine permet de construire des logements toute l’année.
- Les 9 premières maisons qui y ont été produites sont arrivées à Cambridge Bay en septembre 2025, et les occupants ont reçu leurs clés en novembre.
Quand l’ambition rencontre l’aventure
Partenaires dans la vie comme au travail, Stuart a grandi à Trinité‑et‑Tobago et Amanda au Nouveau-Brunswick. Ils se sont rencontrés à l’université et ont déménagé à Trinité peu après avoir obtenu leur diplôme.
Deux ans plus tard, un ralentissement économique les a contraints à changer leurs plans.
« Le travail s’est fait rare, raconte Stuart. Nous avions des factures à payer. Nous venions d’acheter une petite maison. Et Amanda a eu cette idée folle d’aller en Arctique. »
Se décrivant comme un gars des Caraïbes facile à vivre, Stuart a dit à sa partenaire : « D’accord, si tu trouves un emploi là-bas, on y va. »
Un mois plus tard, Amanda obtenait un poste d’agente de projet aux Services communautaires et gouvernementaux du gouvernement du Nunavut.
« Nous sommes arrivés là-bas en juin 2010 et l’océan était encore gelé », se souvient Stuart.
« Je pense que c’était le premier moment où je me suis dit : « Oh, oh. Dans quoi nous sommes-nous embarqués? »
Peu après, Stuart décroche lui aussi un poste aux Services communautaires et gouvernementaux du Nunavut. Pendant les 6 années qui ont suivi, le couple approfondit sa compréhension des besoins et des défis en matière de logement dans le Nord canadien. Il commence aussi à explorer des technologies, des techniques et des solutions en matière d’habitation. Il assemble sa propre maison préfabriquée provenant d’un fournisseur du Sud.
Aucune solution intermédiaire
« Le continuum du logement n’est pas aussi large ici qu’ailleurs au Canada », explique Vicki Aitaok, gestionnaire de la Cambridge Bay Housing Association — l’une des 25 associations locales de logement qui opèrent conformément aux directives de la Société d’habitation du Nunavut (SHN).
Vicki décrit les trois principaux types de logements comme étant : les logements sociaux fondés sur le revenu, les logements subventionnés par les employeurs et les logements locatifs du marché privé.
« C’est la rapidité, l’efficacité énergétique et l’efficacité économique de la construction du logement modulaire qui fait que ça a tout son sens pour le Nunavut. »
« Nous avons maintenant des refuges et d’autres ressources du genre, ce qui n’existait pas il y a 10 ans, indique Vicki. Mais il n’y a pas de logements abordables. Il n’y a pas de solution intermédiaire. »
« Les gens grandissent sans comprendre que l'accession à la propriété ou l’abordabilité est une possibilité, explique-t‑elle. Il y a 2 à 3 générations de personnes vivant dans des logements sociaux. »
Avec 185 familles sur la liste d’attente pour un logement, la demande est élevée. Elle est aussi aggravée par le surpeuplement et le vieillissement du parc immobilier.
Des solutions grâce aux partenariats
En 2022, la SHN a lancé Nunavut 3000, une stratégie visant à créer 3 000 logements d’ici 2030.
« La SHN ne construira pas l'ensemble des 3 000 logements. La stratégie invite plutôt l’ensemble des partenaires du secteur de l’habitation et des promoteurs à travailler collectivement afin d’augmenter le nombre de nouvelles unités, qu’il s’agisse de logements sociaux, abordables ou privés. » – Nunavut 3000 (PDF, 7.4 MB)
« Nunavut 3000, c’est vraiment plus que l’ajout de biens immobiliers, affirme Vicki. C’est avant tout une histoire de partenariats qui se créent. Les petites entreprises ont maintenant la possibilité de participer à certaines de ces initiatives. Qu’elles puissent construire 1 ou 10 logements, tout compte. »
« Les partenariats sont très importants pour nous, et ils le sont depuis probablement le premier jour où nous avons commencé à réaliser des projets dans le Nord. »
La même année, Stuart et Amanda présentent une demande dans le cadre du Défi d’offre de logement pour le Nord de la SCHL.
« Ce programme était fait sur mesure pour nous. Il s’intéressait aux défis liés à l’offre de logements dans le Nord. Et nous nous sommes dit que si nous pouvions obtenir du financement, nous pourrions vraiment faire une énorme différence, à une échelle bien différente de ce que nous faisions jusque‑là, » explique Stuart.
Construction traditionnelle et construction modulaire
En 10 ans, Amanda et Stuart ont bâti divers logements résidentiels en utilisant différentes méthodes de construction et en sont arrivés à plusieurs conclusions.
« Au bout du compte, on peut construire un produit magnifique, mais si personne ne peut se le permettre, le logement reste vide. Et construire dans le Nord coûte vraiment très cher. »
Avec la méthode traditionnelle à ossature de bois, les matériaux bruts sont expédiés puis assemblés sur place.
« On apporte les matériaux. Tout arrive emballé, en vrac, explique Stuart. Et la majorité de ces matériaux va rester sous la neige durant tout l’hiver. Il n’y a pas d’entrepôt chauffé. De plus, il n’y a pas de quincaillerie dans la plupart des communautés. Alors, s’il vous manque quoi que ce soit, si vous avez besoin d’un article ou si votre matériel est endommagé, les frais de remplacement pour faire venir ces articles par avion sont très élevés. »
La construction à ossature de bois exige également de grandes équipes. Certaines personnes doivent prendre l’avion pour venir travailler sur place et elles doivent être logées. Au final, la construction peut durer des mois et s’avérer très coûteuse.
Avec la construction modulaire, les maisons sont fabriquées hors site, puis transportées et installées en quelques jours par une équipe relativement petite.
Amanda et Stuart ont déterminé que le coût au pied carré de la construction traditionnelle et de la construction modulaire est similaire. Toutefois, lorsqu’on tient compte du temps et du risque, la construction modulaire est plus avantageuse.
« C’est la rapidité, l’efficacité énergétique et l’efficacité économique qui font de la construction modulaire la solution logique pour le Nunavut », ajoute Vicki.
Au moment de lancer Arctic Modular Homes (anglais seulement), Stuart et Amanda construisaient déjà une maison modulaire par année et cherchaient des moyens d’accroître leur production. Le climat nordique, ainsi que l’accès limité aux matériaux, aux ressources et à la main‑d’œuvre, les ont contraints à se tourner vers d'autres solutions.
« Je pense que nous y serions arrivés tôt ou tard, mais cela nous aurait probablement pris 10 ans plutôt qu’un an. »
Pendant leur mandat aux Services communautaires et gouvernementaux, Amanda et Stuart ont établi des relations avec des fournisseurs, des entrepreneurs et des équipes d'électriciens et de mécaniciens à Winkler, au Manitoba. Tous connaissaient bien le climat nordique. La construction d’une usine à climat contrôlé au Manitoba leur permettrait de bâtir des logements toute l’année, puis de les expédier dans le Nord pendant la saison de navigation de juillet à septembre.
« Et comme Winkler est situé au cœur du Canada, l'idée était qu'à terme, si nous voulions commencer à expédier depuis Churchill ou si nous devions expédier depuis Vancouver, notre réseau de transport serait alors au cœur du Canada », explique Amanda.
C'est parti!
La proposition d’Arctic Modular Homes dans le cadre du Défi d’offre de logement a été un succès, et la construction de l’usine a commencé en 2024.
« Je pense que nous y serions arrivés tôt ou tard, mais cela nous aurait probablement pris 10 ans plutôt qu’un an », indique Stuart.
En février 2025, ils avaient commencé la production de leur première commande.
« Nous avons conclu un contrat avec la Société d’habitation du Nunavut pour la production de 9 logements, d’une superficie d’environ 11 000 pieds carrés, et de 22 modules sur une période de 4 à 5 mois. À partir de là, tout s’est enchaîné à vive allure », raconte Stuart.
Pour concevoir le processus de production de l'usine, Stuart et Amanda ont collaboré avec le Conseil national de recherches et l'Université du Nouveau-Brunswick. Bien que le concept initial ait évolué en fonction des réalités observées sur le plancher, le flux de travail de base demeure le même : 6 modules passent à travers une série de 5 stations de travail.
- Station 1 : Assemblage des murs, planchers et toits
- Station 2 : Installation mécanique, électrique et des cloisons sèches
- Station 3 : Tirage de joints et rubanage
- Station 3b : Peinture
- Station 4 : Cuisines, armoires, dosserets, carrelage et plinthes
- Station 5 : Postes supplémentaires, finition électrique

Un long voyage jusqu'à destination
À la fin juillet, les derniers modules ont quitté Winkler en direction du port de Montréal. À la mi-août, les 22 modules étaient tous chargés et empilés sur le navire pour un voyage de 11 jours, soit 5 000 km jusqu’à Cambridge Bay.

L’arrivée des modules à Cambridge Bay a été rapidement suivie par celle de l’équipe d’installation, dont plusieurs membres avaient assemblé les maisons à Winkler.
Neuf semaines plus tard, les modules étaient installés et fonctionnels. Deux semaines après, 9 familles ont reçu les clés de leur nouvelle maison.
« Quand nous arrivons enfin à faire emménager les gens dans leur logement, c’est la plus belle partie de mon travail, » affirme Vicki.
Par une froide journée de novembre, accompagnée de Stuart et Amanda, Vicki a observé les nouveaux résidents entrer dans leur maison pour la première fois.
« C’est à ce moment-là que tout en vaut la peine. Vous voyez de l’espoir, vous voyez du bonheur. Vous voyez un avenir dans les yeux des gens. Tout le monde pleure quand il obtient une maison. C’est merveilleux. »
« Mon espoir, la vision qui me pousse à continuer, ce serait qu’il ne reste plus que 10 à 15 personnes sur la liste d’attente pour un logement dans le Nord, affirme Amanda. Pour moi, cela signifierait que nous avons fait du bon travail. »
La voie à suivre
Déjà en production pour 2026, Amanda et Stuart souhaitent élargir leurs activités et offrir leurs services à un plus grand nombre de communautés au Nunavut et ailleurs au Canada. Ils aimeraient également former des équipes dans le Nord directement dans l’usine afin de renforcer les capacités en construction modulaire dans cette région.
Au bout du compte, leur objectif est d’augmenter les options pour les gens, à tous les niveaux du continuum du logement.
« Je pense que Stuart et moi, lorsque nous avons déménagé au Nunavut, pendant cette première année, nous essayions de trouver notre voie. C'est un environnement différent : le terrain, les paysages, les gens, le climat. C'est un moment propice à l'introspection où l'on se demande : Qu'est-ce que je fais? Qu'est-ce que je veux faire? », explique Amanda.
« Nous lancer dans la construction de notre maison et voir les gens venir chez nous. Voir leur intérêt et leur enthousiasme, et entendre “ J’aimerais avoir une maison comme celle-ci. J’aimerais être propriétaire ”, c’est ce qui nous motive depuis le premier jour. Il n’y a rien de comparable », ajoute Amanda.
FAITS SAILLANTS
- L’usine de production d’Arctic Modular Homes (anglais seulement) à Winkler, au Manitoba, a été soutenue par le Défi d’offre de logement :Cycle Accès Nord
- Le Défi d’offre de logement était une initiative de 5 ans dirigée par la SCHL et Impact Canada qui a récompensé un portefeuille diversifié de solutions pour éliminer les obstacles à l’offre de logements et à l’abordabilité. Des citoyens, des intervenants et des experts ont participé à 5 volets distincts et ont reçu du financement pour faire des prototypes de leurs solutions et les mettre en œuvre.
- Pour en savoir plus sur les projets et les résultats, consultez le Centre du savoir sur le logement.
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