Dans le contexte d’une crise de l’abordabilité du logement, les mesures axées sur la demande et celles qui agissent sur l’offre sont souvent des priorités qui se font concurrence.
Les mesures visant à soutenir la demande, qui aident directement les ménages à obtenir un logement, sont souvent privilégiées en raison de leur effet plus immédiat. Leurs résultats sont plus faciles à voir et à évaluer que ceux de la construction résidentielle, qui prennent des années à se manifester.
Selon un principe fondamental de l’offre et de la demande, une hausse de la demande sans augmentation proportionnelle de l’offre fait croître les prix. Une nouvelle modélisation de la SCHL montre que cette dynamique se produit lorsque les interventions visent la demande de logements. Au fil du temps, ce type de mesures peut aggraver les problèmes d’abordabilité, plutôt que d’améliorer l’accès au logement.
Cette nouvelle modélisation nous apprend une chose importante : aider les gens à trouver un logement qui leur convient doit demeurer une priorité, mais les moyens pris pour réaliser cette ambition doivent être équilibrés. Les mesures visant à soutenir la demande doivent être ciblées et s’accompagner d’une offre suffisante.
Comment un soutien direct aux personnes qui désirent acheter un logement peut-il réduire l’abordabilité?
Des interventions bien intentionnées, axées sur la demande, peuvent nuire à l’abordabilité du logement en raison de la demande refoulée (que les économistes appellent aussi « demande latente »).
Les prix élevés des logements peuvent retarder la formation de ménages. Nous connaissons tous des jeunes qui restent plus longtemps chez leurs parents ou des gens qui prolongent une colocation parce qu’ils n’ont pas les moyens d’avoir leur propre logement.
Dans un marché plus favorable, ces personnes formeraient leur propre ménage. Mais le niveau élevé des prix fait qu’elles n’en ont tout simplement pas les moyens. Ces ménages qui n’ont pas pu se former sont le principal facteur de la demande latente. Ce phénomène est bien décrit dans la documentation universitaire et fait partie des facteurs pris en compte par d’autres chercheurs canadiens dans le domaine du logement.
Toute intervention axée sur la demande chercherait à corriger ce problème en augmentant le revenu des ménages ou en réduisant les coûts du logement, pour que les gens puissent se payer un logement. Naturellement, ces personnes commenceraient alors à chercher un logement – c’est précisément le but de l’intervention.
Ce faisant, elles créeraient une demande immédiate de logements, alors qu’il faut du temps pour accroître la construction résidentielle. Cette situation exercerait de nouvelles pressions à la hausse sur les prix pour tous les ménages, et non seulement pour ceux qui bénéficient de l’intervention. Ainsi, l’abordabilité diminue pour les ménages qui ne sont pas visés par les mesures de soutien.
Comment éviter que les mesures axées sur la demande nuisent à l’abordabilité?
À l’aide des modèles de la SCHL, nous avons créé 2 scénarios pour illustrer ce qui peut se passer :
- Scénario de soutien ciblé : Un soutien est offert à un nombre limité de ménages (20 % des acheteurs potentiels).
- Scénario de soutien élargi : Un soutien est offert à un plus grand nombre de personnes (70 % des acheteurs potentiels).
Dans chaque scénario, les personnes qui bénéficient de l’intervention verraient leurs paiements hypothécaires mensuels diminuer d’environ 4 %. Nous avons intentionnellement créé des scénarios généraux pour éviter toute confusion avec les politiques actuelles. Ces scénarios sont présentés seulement à titre indicatif et ne sont pas destinés à orienter les décisions en matière de finances ou de politiques. Il ne s’agit en aucun cas de recommandations de la SCHL.
Dans le premier scénario, 17 000 personnes pourraient accéder à la propriété. Toutefois, ce nombre diminuerait au fil du temps, car la demande supplémentaire de la part des nouveaux acheteurs exercerait une pression à la hausse sur les prix. Selon la modélisation de la SCHL, cette augmentation de la demande attribuable aux ménages bénéficiant des mesures de soutien ferait croître de 0,6 % les prix des logements pour tous les autres acheteurs non admissibles à ces mesures.
Quant au coût estimatif d’une telle intervention pour l’économie, voici à combien il s'élèverait : entre 2,7 et 4,3 milliards de dollars en dépenses directes pour les mesures de soutien elles-mêmes, et 1,6 milliard de dollars en coûts accrus non intentionnels pour tous les acheteurs non visés par ces mesures.
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