Du côté des EPH, le risque est concentré en Ontario, surtout dans la RGTH. Dans cette région, la proportion de l’encours des prêts des EPH qui était en souffrance depuis 90 jours ou plus est passée de 3,0 % au troisième trimestre de 2023 à 11,1 % au premier trimestre de 2026. Ce taux de 11,1 % est plus de 3 fois le taux observé pour ces prêteurs dans le reste du Canada (figure 8).
Toutefois, comme les données de l'enquête ne font la distinction qu’entre la RGTH et le reste du Canada, elles ne permettent pas d'analyser séparément les tendances observées en Colombie-Britannique ou dans le sud-ouest de l'Ontario. La hausse laisse néanmoins croire que les prêts en souffrance demeurent en défaut de paiement plus longtemps; elle ne reflète pas seulement une augmentation du nombre de nouveaux cas de défauts de paiement. Il semble donc de plus en plus difficile de résoudre les prêts problématiques dans la RGTH. L’analyse de la SCHL met en évidence 3 facteurs qui aident à expliquer pourquoi :
- Les prêts avec remboursement des intérêts seulement sont plus répandus dans la RGTH que dans le reste du pays. Comme ces prêts ne réduisent pas le capital au fil du temps, les emprunteurs accumulent moins de valeur nette grâce au remboursement de leur dette et sont moins protégés en cas de baisse des prix des logements. Au premier trimestre de 2026, les prêts avec remboursement des intérêts seulement représentaient 69,7 % de l’encours des prêts consentis par des EPH dans la RGTH, comparativement à 57,3 % dans le reste du Canada.
- La valeur nette détenue par les emprunteurs est de plus en plus limitée. Dans la RGTH, la part de l’encours des prêts non assurés octroyés par des EPH et dont le rapport prêt-valeur dépassait 80 % a été multipliée par 6. Elle est passée de 1,6 % au premier trimestre de 2024 à 9,2 % au premier trimestre de 2026. Sa hausse est sans doute attribuable à la faible réduction du capital des prêts avec remboursement des intérêts seulement et à la baisse des prix des logements.
- Le fardeau de la dette s’est beaucoup alourdi. Près du tiers de l’encours des prêts consentis par des EPH dans la RGTH est maintenant détenu par des emprunteurs qui consacrent plus de 60 % de leur revenu au remboursement de leurs dettes.
Pris isolément, chacun de ces risques peut demeurer gérable. Ensemble, toutefois, ils rendent le portefeuille de prêts plus vulnérable. Ces facteurs – plus de prêts avec remboursement des intérêts seulement, baisse de la valeur nette des emprunteurs et alourdissement du fardeau de la dette – diminuent la résilience des emprunteurs en cas de baisse des revenus, d’augmentation des paiements ou de recul des prix de revente. Même si les EPH ne représentent qu'une faible part du marché hypothécaire, la croissance de leurs taux de prêts en souffrance dans la RGTH pourrait être un signal précoce de tensions plus généralisées sur le marché hypothécaire.