Depuis la mise à jour de l’été de nos Perspectives du marché de l’habitation 2025, la demande de logements au Canada a continué d’être minée par l’incertitude géopolitique et économique, les taux d’intérêt et les problèmes d’abordabilité. Les ventes et les prix ont diminué, comme prévu, mais les mises en chantier d’habitations ont été plus solides qu’on ne s’y attendait. Le présent rapport des Perspectives du marché de l’habitation 2026 paraît à un moment où l’incertitude commerciale persistante, le chômage élevé et la modeste croissance du revenu limitent les dépenses des ménages et la demande de logements.
Perspectives économiques : une année marquée par des vents contraires et une reprise prudente
Selon les projections, l’économie canadienne devrait croître lentement en 2026. La hausse prévue du produit intérieur brut (PIB) réel n’est que de 0,7 %. Il s’agira donc d’une des années les plus faibles des dernières décennies, si l’on exclut les périodes de récession. Nos prévisions de base excluent une récession, mais un ralentissement économique fait partie des risques sur l’horizon prévisionnel. Un tel ralentissement n’est pas impossible étant donné l’incertitude géopolitique et économique qui persiste et la faible croissance qui est attendue. L’effet combiné de facteurs mondiaux et nationaux pèse sur les prévisions.
Les échanges commerciaux demeurent un vent contraire important. Les tarifs que les États-Unis ont commencé à imposer en 2025 continuent de faire croître les coûts pour les exportateurs canadiens et de créer de l’incertitude. De nombreuses entreprises canadiennes demeureront prudentes en retardant ou en réduisant les investissements. Les exportations devraient encore diminuer en 2026, mais moins fortement qu’en 2025. Une lente reprise est attendue en 2027, à mesure que les entreprises s’adapteront et se tourneront vers de nouveaux marchés.
L’examen de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) coïncide avec les élections de mi-mandat aux États-Unis. Le risque que cet accord ne soit pas renouvelé ou que son renouvellement soit retardé s’en trouve ainsi accru. Nous supposons que les tarifs actuels et l’incertitude commerciale se maintiendront pendant toute la période de prévision.
Parallèlement aux enjeux commerciaux, la demande intérieure et les dépenses des ménages devraient demeurer faibles de 2026 à 2028. Voici les principaux facteurs sous-jacents :
- Chômage élevé : Les taux de chômage resteront élevés, ce qui limitera les dépenses des ménages.
- Croissance modeste du revenu : Le ralentissement de la croissance du revenu fera baisser les dépenses discrétionnaires.
- Prudence accrue chez les acheteurs d’habitations : Beaucoup de ménages retarderont l’achat d’une habitation et choisiront de rester locataires plus longtemps.
- Renouvellements hypothécaires : Les propriétaires d’habitations ayant obtenu un prêt hypothécaire à faible taux durant la pandémie devront renouveler leur prêt à des taux plus élevés. Ce facteur limitera leur budget et les encouragera à épargner.
- Faible croissance démographique : La croissance presque nulle de la population est un autre facteur qui réduira la demande.
Pendant que les entreprises et les ménages se serreront la ceinture, les dépenses du gouvernement resteront robustes. Le gouvernement fédéral a entrepris un programme ambitieux. Il investit massivement dans les infrastructures, le logement, les énergies vertes, la défense et les projets qui stimulent la productivité. Ces initiatives visent à accroître la productivité et à attirer des investissements privés au fil du temps. Les projets à grande échelle mettent plusieurs années avant de porter leurs fruits, si bien que leurs effets bénéfiques pourraient se manifester graduellement.
Les conditions financières offriront un répit temporaire.
- Prêts hypothécaires à taux variables : Les taux variables ont diminué au cours des deux dernières années et devraient rester stables au début de 2026, après la baisse du taux directeur de la Banque du Canada. Ils vont sans doute augmenter de nouveau lorsque la Banque du Canada normalisera son taux directeur au milieu de l’année 2026.
- Prêts hypothécaires à taux fixes : Une hausse des taux fixes est probable, car le rendement des obligations à long terme demeure élevé. Ce rendement s’explique par la hausse des émissions d’obligations par le gouvernement et par le retour aux niveaux historiques de la prime de terme.
Selon les projections, la croissance économique devrait s’améliorer à compter de 2027. Voici quels en seront les principaux moteurs :
- Reprise chez les exportateurs : Les entreprises continueront de s’adapter aux contraintes commerciales.
- Confiance des consommateurs : Les perspectives d’emploi se stabiliseront, et la pression sur les renouvellements hypothécaires se relâchera.
- Croissance des investissements : Les investissements tant publics que privés contribueront à stimuler les revenus plus tard durant la période de prévision.
Reprise graduelle des ventes de logements, surtout dans les régions où l’activité était la plus faible
Dans un contexte de ralentissement de la croissance économique et démographique, la demande de logements devrait rester inférieure aux moyennes historiques en 2026. Les rapports prix-revenu et les charges de remboursement hypothécaire seront élevés, et l’incertitude persistera sur le marché de l’emploi. Le marché de la propriété résidentielle restera donc hors de portée pour beaucoup d’acheteurs. Quant au marché locatif dans l’ensemble du Canada, il gagnera en équilibre à mesure que l’offre de logements locatifs neufs augmentera et dépassera la demande. Une hausse des taux d’inoccupation et un ralentissement de la croissance des loyers sont prévus partout au pays. Ainsi, les locataires auront davantage le temps et la possibilité d’économiser avant d’acheter un logement.
Même si la demande globale est faible, les ventes de logements au Canada devraient se redresser temporairement en 2026, surtout en Ontario et en Colombie-Britannique. Les ventes avaient rarement été aussi peu nombreuses depuis des décennies dans ces deux provinces. Leur redressement sera donc essentiellement attribuable à la demande refoulée durant cette période récente de faible activité, et non à une reprise prolongée. Dans les Prairies et au Québec, les ventes devraient rester au-dessus des moyennes historiques pendant la période de prévision, mais elles ralentiront durant la deuxième moitié de cette période.
En 2027 et 2028, les ventes de logements au Canada devraient augmenter légèrement sous l’effet de l’amélioration de la situation économique. La hausse du revenu et la stabilisation du marché du travail stimuleront la confiance et rendront les gens plus enclins à acheter. Les précédentes baisses des prix aideront aussi les acheteurs à entrer sur le marché de la propriété.
À l’échelle nationale, les prix des habitations devraient se stabiliser puis augmenter modérément durant le reste de l’horizon de prévision. L’Ontario fera exception, car les prix vont probablement continuer de reculer dans cette province en 2026. Ce sera surtout le cas dans les centres urbains les plus chers, où les stocks sont élevés et les ventes sont au ralenti. Les prix devraient ensuite commencer à se redresser en 2027. En Colombie-Britannique, les prix devraient encore croître en 2026, en partie en raison du grand nombre d’achèvements récents de copropriétés de prix élevé, qui feront augmenter le prix moyen. Cependant, les prix pourraient se replier légèrement à mesure que l’effet de ces achèvements s’estompera. Dans l’Est du Canada et dans les Prairies, où l’appréciation des logements a été forte en 2025, les prix devraient continuer de monter en 2026, mais plus lentement. Leur hausse devrait ralentir encore davantage après 2027.
Baisse des mises en chantier d’habitations en raison des coûts élevés et de la faible demande
La construction résidentielle devrait diminuer continuellement de 2026 à 2028 et descendre bien en deçà de la moyenne sur 10 ans. Les promoteurs sont freinés par les coûts élevés de la construction, le repli de la demande et l’accumulation des stocks de logements invendus.
Dans le segment des copropriétés, les mises en chantier seront particulièrement faibles. Ce sera surtout le cas à Toronto, où les ventes sur plan sont tombées à leurs plus bas niveaux en plusieurs décennies en 2025. Bon nombre de projets de construction sont retardés ou annulés, car les seuils exigés pour l’obtention du financement sont plus difficiles à atteindre qu’avant. Les promoteurs se concentrent donc sur l’achèvement des immeubles déjà en chantier plutôt que d’en entreprendre de nouveaux.
- Ontario : En 2026, le nombre total de mises en chantier d’habitations devrait descendre à son plus bas niveau en près de 20 ans. Il sera tiré à la baisse par le très faible nombre de ventes sur plan de copropriétés. Une légère reprise des mises en chantier est attendue en 2028.
- Colombie-Britannique : Selon les prévisions, les mises en chantier d’habitations chuteront lourdement et toucheront des niveaux historiquement bas d’ici la fin de la période de prévision.
- Autres régions : La plupart des autres régions s’en tireront mieux en 2026. Dans les Prairies, les mises en chantier devraient rester au-dessus des moyennes historiques. Au Québec, elles vont à peine diminuer en 2026 par rapport à leurs niveaux élevés antérieurs, puis se replieront davantage après 2027.
Les logements destinés à la location continueront de représenter la majeure partie des mises en chantier d’habitations. Beaucoup de projets d’immeubles locatifs déjà approuvés par les programmes gouvernementaux seront achevés entre 2026 et 2028. Cependant, le rythme de la construction de logements locatifs ralentira à mesure que les marchés locatifs s’équilibreront et que la demande provenant des immigrants fléchira.
La construction de maisons avec entrée privée (maisons individuelles, jumelés et maisons en rangée) va probablement reprendre de la vigueur un peu plus tard durant la période de prévision. Le redressement attendu sera surtout alimenté par les mises en chantier dans les Prairies, en Ontario et en Colombie-Britannique. Toutefois, les problèmes d’abordabilité et l’incertitude sur le marché du travail continueront de peser sur la demande de ce type d’habitations. Le nombre de travailleurs qui retournent au bureau augmente. Ainsi, les acheteurs pourraient opter pour un logement existant dans un quartier bien situé, plutôt que d’acheter dans de nouveaux quartiers de banlieue.
Que sont les logements avec entrée privée?
Les logements avec entrée privée comprennent les maisons individuelles, les jumelés et les maisons en rangée. Ce qui distingue ces logements des appartements, c’est qu’ils ont généralement accès au sol par une entrée privée ou par la rue.
Autre scénario : demande de logements et risque d’une légère récession
Les risques qui pèsent sur les perspectives sont plus susceptibles d’être à la baisse qu’à la hausse. Si la confiance des entreprises se détériore et que les projets du gouvernement sont retardés, le Canada pourrait glisser dans une légère récession en 2026 en raison d’une forte baisse des investissements. Dans cet autre scénario, l’économie retrouverait ses niveaux fondamentaux seulement après 2028. De même, une demande plus faible que prévu ferait diminuer les prix, les ventes et les mises en chantier, qui descendraient en dessous des prévisions de base.
Certains facteurs pourraient au contraire se traduire par des résultats meilleurs que prévu. Si la croissance démographique est plus forte que dans nos perspectives, si les tensions géopolitiques et commerciales diminuent ou si les investissements du gouvernement sont déployés plus rapidement que prévu, l’économie canadienne pourrait dépasser nos prévisions de base. Dans un tel scénario, il se pourrait que les prix, les ventes et les mises en chantier de logements dépassent également les attentes.
Résumé des prévisions (Canada)
| Date |
Marché du neuf |
Marché de la revente |
Aperçu économique |
| Nombre total de mises en chantier |
Ventes MLS® |
Prix MLS® moyen ($) |
Croissance du PIB réel (%) |
Croissance de l’emploi (%) |
Taux hypothécaire fixe à 5 ans* (%) |
| 2023 |
240 000 |
444 000 |
681 000 |
2,0 |
3,0 |
6,0 |
| 2024 |
245 000 |
479 000 |
687 000 |
2,0 |
1,9 |
5,8 |
| 2025 |
259 000 |
470 000 |
680 000 |
1,6 (F) |
1,5 |
5,1 |
2026 (P)
Scénario de base |
247 000 |
489 000 |
698 000 |
0,7 |
0,3 |
5,1 |
2026 (P)
Alternative |
243 000 |
480 000 |
693 000 |
-0,1 |
0,1 |
5,2 |
2027(P)
Scénario de base |
223 000 |
497 000 |
705 000 |
1,5 |
0,9 |
5,4 |
2027 (P)
Autre scénario |
214 000 |
487 000 |
688 000 |
1,2 |
0,7 |
5,5 |
2028 (P)
Scénario de base |
216 000 |
509 000 |
727 000 |
1,9 |
0,4 |
5,5 |
2028 (P)
Autre scénario |
212 000 |
508 000 |
712 000 |
2,6 |
0,7 |
5,5 |
* Prêts hypothécaires ordinaires à taux fixe de 5 ans (moyenne des taux affichés par les prêteurs au Canada).
Les prévisions fournies dans le présent document sont fondées sur l’information disponible en date du 15 janvier 2026.
Sources : SCHL, L'Association canadienne de l’immobilier (ACI), Statistique Canada et Haver Analytics