18 septembre 2026
EN BREF
- Les phénomènes météorologiques extrêmes ont une incidence sur les habitations canadiennes. Or, bon nombre d’entre elles n’ont pas été construites pour résister à l’intensité et à la complexité du climat d’aujourd’hui, qui évolue rapidement.
- En partenariat avec la région de Durham, le Windfall Ecology Centre (un organisme de l’Ontario) a élaboré un protocole d’évaluation de l’adaptation aux conditions météorologiques. Son objectif est de protéger les logements et les résidents contre des problèmes comme la chaleur et le froid extrêmes, le vent, les inondations et la fumée des feux de forêt.
- Le protocole a été récompensé du Prix Toit d’or 2025 pour le savoir en action.
Brent Kopperson n’a pu s’empêcher de remarquer la mauvaise qualité de l’air. C’était à la fin des années 1980. Il était pilote privé et survolait la région de Toronto.
« Un voile jaune flottait au-dessus de la ville en raison des centrales au charbon et d’autres polluants provenant du sud de la frontière, explique Brent. J’ai été estomaqué de voir que les gens n’y prêtaient pas attention. »
Se lançant dans le domaine émergent des sciences du climat, Brent a fondé deux organisations. La mission du Windfall Ecology Centre est de bâtir des collectivités durables en conservant les ressources, en prévenant la pollution ainsi qu’en protégeant et en améliorant les processus écologiques naturels. L’Ontario Sustainable Energy Association a été créée pour aider à faire progresser les politiques.
Des milliers de centrales au charbon ont depuis fermé leurs portes.
« Aujourd’hui, les menaces ne sont pas aussi visibles », dit-il.
Au cours des 25 dernières années, Windfall a créé et mis en œuvre un large éventail de programmes, d’outils et de solutions pour les municipalités, les propriétaires-occupants et les organismes communautaires.
« Je crois vraiment que les solutions climatiques doivent être communautaires pour mobiliser les gens et obtenir une quelconque acceptabilité sociale », explique Brent.
C’est un parcours qui a mené à un outil d’évaluation de l’adaptation au climat unique en son genre pour les propriétaires-bailleurs et les résidents. L’outil a été élaboré en partenariat avec la région de Durham et a remporté le Prix Toit d’or 2025 pour le savoir en action.
Combler les lacunes
Windfall a mené de nombreux projets liés à la conservation de l’eau et de l’énergie, notamment les suivants :
- Remise en service de centrales hydroélectriques déclassées dans des collectivités de l’Ontario
- Réduction du niveau de phosphore dans le lac Simcoe grâce à la gestion des eaux pluviales
- Mise en œuvre du programme de cote ÉnerGuide pour les maisons du Canada
- Mise en œuvre du programme Well Aware pour encourager une utilisation et une gestion sûres et responsables de l’eau de puits
« Il se passe toutes ces choses avec l’environnement, les menaces climatiques… Le secteur de l’énergie s’attaque à ce problème en particulier, mais comment s’attaquer à tout le reste », se demande Brent?
La nécessité d’une approche concertée s’est alors imposée.
« Ce n’est que récemment que les municipalités ont commencé à déclarer leurs urgences climatiques », explique Brent.
De nombreuses municipalités disposaient de plans énergétiques communautaires et de plans d’adaptation aux changements climatiques. La déclaration des urgences climatiques a accéléré leur mise en œuvre.
« C’est à ce moment que la mobilisation d’organisations comme la nôtre a vraiment commencé », explique Brent.
Le lien entre le climat et la santé
« Nous savions que nous devions faire quelque chose pour notre parc de logements existants », explique Ian McVey, directeur, environnement et climat pour la région de Durham.
Située à l’est du Grand Toronto, la région de Durham compte environ 812 000 résidents répartis dans huit municipalités.
La diversité des logements comprend des bâtiments historiques en milieu rural, des logements d’après-guerre, de nouveaux lotissements et des aménagements à forte densité. La majorité du parc a été construite alors sous différentes conditions climatiques et n’est pas outillée pour faire face aux risques liés aux conditions météorologiques d’aujourd’hui.
La région de Durham a élaboré sa première stratégie en matière de changement climatique en 2012. Ensuite, elle a élaboré un plan d’adaptation communautaire aux changements climatiques en 2016 et un plan énergétique communautaire en 2018. Dans les deux plans, on soulignait la nécessité d’aider les résidents à effectuer des rénovations résidentielles qui réduisent les risques liés aux conditions météorologiques et améliorent l’efficacité énergétique. En 2022, le financement de la Fédération canadienne des municipalités a donné le coup d’envoi au programme Greener Homes de Durham et à une relation de travail étroite avec l’équipe de Brent.
« Nous avions une solution clé en main », explique Brent.
Après avoir commencé par mettre l’accent sur les bilans énergétiques et la réduction des émissions, la résilience climatique constituait la suite logique.
« La région de Durham a la responsabilité de protéger et de promouvoir la santé communautaire. Nous surveillons notamment la chaleur et les maladies à transmission vectorielle. Nous avons donc la responsabilité d’accroître la sensibilisation aux risques climatiques et à la façon dont les gens peuvent accéder aux services, explique Ian. En cas d’urgence due à des conditions météorologiques extrêmes, nous offrons cette protection de première ligne conjointement avec d’autres organismes publics. »
Les évènements climatiques n’ont pas la même incidence sur tout le monde et certaines populations sont touchées de manière disproportionnée.
« Les personnes à revenu élevé ont les ressources nécessaires pour prendre soin d’elles-mêmes en cas de crise. Nous voulions donc nous concentrer sur les logements plus anciens et les régions à plus faible revenu qui pourraient devoir surmonter des obstacles plus importants. »
Pas sorcier
Brent explique qu’il était simple de déterminer les risques climatiques régionaux : « Nous n’avions qu’à voir ce qui se passait dans nos collectivités. »
Ian est du même avis. La région de Durham a effectué une modélisation et des évaluations des risques dans le cadre du plan d’adaptation aux changements climatiques. « En fin de compte, ce n’est pas sorcier. Nous le constatons en temps réel. »
« Le principal problème est la chaleur extrême, poursuit Ian. Nous avons un climat chaud et humide en été. Beaucoup de logements, en particulier les maisons individuelles construites selon d’anciens codes de l’énergie, ont des vulnérabilités, tout comme les vieux immeubles collectifs résidentiels qui hébergent des résidents qui pourraient être plus exposés à la chaleur, y compris les personnes âgées à faible revenu. »
Les inondations sont une préoccupation, en particulier pour les sous-sols occupés. Bien qu’ils soient moins préoccupants que dans d’autres régions du Canada, les feux de forêt et la fumée causent un large éventail de problèmes de santé.
« Nous avons aussi vécu un certain nombre d’évènements de type tornade et de tempêtes de verglas qui ont entraîné d’importants dommages matériels et des pannes d’électricité. »
Élaboration du protocole d’évaluation de l’adaptation aux conditions météorologiques
Kyle Mennie est directeur des opérations à Windfall. Il a participé de près à l’élaboration et à la mise en œuvre du programme pour des maisons plus vertes de Durham et est bien placé pour élargir le programme afin d’y inclure la résilience climatique.
« Nous avons travaillé en étroite collaboration avec Durham et d’autres partenaires de recherche sur une analyse du contexte des autres évaluations effectuées au Canada », explique Kyle.
« Nous avons adapté l’évaluation aux dangers observés dans la collectivité et aux projections régionales de Durham, y compris la chaleur extrême, les tempêtes de verglas, le vent extrême, la fumée des feux de forêt et la qualité de l’air intérieur. »
La Ville de Durham a aussi mobilisé un échantillon diversifié de résidents pour s’assurer que l’outil répondrait à leurs besoins.
L’objectif était de trouver un équilibre entre l’utilisation la plus efficace du temps de l’évaluateur et ce qu’un résident pourrait mettre en œuvre de façon réaliste.
« Nous voulions combiner des travaux d’entretien, des travaux de bricolage, des rénovations à faible coût et des rénovations à coût élevé », explique Kyle.
Les conseillers en efficacité énergétique et en évaluation de la pluie de Windfall ont reçu une formation croisée afin de devenir des « conseillers prêts pour la météo ».
Au moment même où elle était prête à mettre l’initiative à l’essai, Durham a suggéré à Windfall de présenter sa candidature aux Prix d’excellence en recherche sur le logement.
« Durham a vraiment agi en chef de file, explique Brent. C’était le moment idéal. »
Au cours de la phase pilote, Windfall a communiqué avec les participants au programme de Durham pour des maisons plus vertes qui avaient terminé le volet de l’efficacité énergétique.
Évaluation d’une habitation
L’évaluation individuelle dure de 60 à 90 minutes. Elle peut se dérouler sur place ou en format virtuel. Un conseiller fait le tour de l’extérieur de la maison et du sous-sol avec le résident. Il discute des préoccupations, prend des photos et explore des solutions.
Divers aspects, tels que les fondations, les systèmes de refroidissement et de ventilation ainsi que l’aménagement paysager, sont classés selon les catégories suivantes : « Action prioritaire requise », « Améliorations à envisager » ou « Situation optimale ».
L’évaluation se termine par une discussion sur la préparation aux situations d’urgence et l’emplacement des centres de rafraîchissement en cas de panne d’électricité.
Un rapport détaillé décrivant les principaux secteurs de risque et les améliorations recommandées suit. Des prêts sont offerts par l’entremise de la région de Durham, pour des éléments liés à l’énergie. Des discussions sont en cours pour inclure un plus large éventail d’améliorations climatiques.
Plusieurs familles qui ont participé à la phase pilote ont déjà commencé à améliorer leur habitation. « Une famille a installé des couvercles de margelle et amélioré le nivellement des fondations en ajoutant de la terre, et prévoit d’améliorer son toit et ses gouttières l’an prochain, explique Kyle. Un autre propriétaire-occupant utilise une subvention municipale incitative locale pour que la chaussée de sa voie d’accès soit perméable. »
Maintenant offerte à tous les résidents de Durham, l’aide de Windfall permet d’établir un équilibre entre le soutien communautaire, l’application des programmes et la mise à l’échelle du protocole d’évaluation.
« Nous avons discuté avec les gens de la région de York et de Toronto. Beaucoup d’autres secteurs de la région du Grand Toronto pourraient souhaiter adopter quelque chose de semblable », explique Kyle.
Brent explique que l’ambition de Windfall n’est pas de mettre en œuvre des programmes de résilience dans toutes les municipalités du pays. « Notre ambition était de créer un protocole normalisé. Il a été conçu pour être partagé. »
Une initiative évolutive
À mesure que le protocole évolue, plusieurs améliorations sont prévues ou en cours :
- Une grille de notation pour évaluer la résilience d’un immeuble
- Des évaluations des immeubles résidentiels à logements multiples
- Des évaluations des logements neufs
Le soutien à l’échelle locale et nationale par l’entremise de la Fédération canadienne des municipalités sera essentiel à la croissance, selon Brent. Le travail continu de sensibilisation et d’éducation mené à l’échelle individuelle et communautaire par Windfall et la région de Durham est tout aussi important.
« Il n’y a pas de solution miracle, de dire Brent. Nous devons agir à de nombreux niveaux différents : émotionnel, générationnel, financier. En toute franchise, c’est l’aspect financier qui oriente la majeure partie des mesures. L’une des choses que j’ai apprises, c’est que si vous pouvez amener quelqu’un à faire un premier pas, c’est le pas le plus difficile! Une fois qu’une personne a fait un premier pas et obtenu un résultat positif, elle cherche ce qu’elle peut faire pour continuer. Je pense que c’est, en quelque sorte, le secret pour mener les gens sur la voie de la carboneutralité et de la résilience. »
FAITS SAILLANTS
- Le Windfall Ecology Centre (en anglais seulement) a reçu le Prix Toit d’or 2025 pour le savoir en action. Le prix récompense des initiatives qui comblent l’écart entre ce qui est connu grâce à d’excellentes recherches et ce que ce savoir permet de réaliser dans le secteur de l’habitation.
- Le programme Durham Greener Homes (en anglais seulement), de la région de Durham a été élaboré en partenariat avec le Windfall Ecology Centre. Le programme évalue plusieurs aspects d’une habitation, notamment l’efficacité énergétique, la protection contre les inondations, la protection contre la chaleur et la résilience au vent. Du soutien aux mises à niveau est offert au moyen de prêts à faible taux d’intérêt et de remises d’adaptation aux conditions météorologiques.
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