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Quand la vie nous sert des citrons tarifaires, faisons-en de la limonade pour le logement

Accroître l’utilisation des produits du bois canadiens pourrait entraîner une baisse allant jusqu’à 17 % des coûts des logements avec entrée privée et une hausse d’environ 3,5 % du nombre annuel de mises en chantier d’habitations.

Le 24 septembre 2026

Mathieu Laberge – Économiste en chef et Premier vice-président, Connaissance du marché

Mathieu Laberge – Économiste en chef et Premier vice-président, Connaissance du marché

Faits saillants

Et si les plus récents droits de douane américains entraînaient une baisse des coûts de la construction résidentielle au Canada? Cela peut sembler contre-intuitif, mais voici ce qu’une nouvelle analyse de la SCHL porte à croire : les droits de douane visant le bois d’œuvre canadien et les produits du bois transformé pourraient offrir l’occasion de construire certains types de logements à moindre coût.

Si une plus grande partie des produits du bois canadiens restait au pays et si ces produits étaient utilisés plus systématiquement partout au pays, les coûts de construction des logements avec entrée privée pourraient connaître une baisse allant jusqu’à 17 % dans certains centres. Les coûts diminueraient entre autres pour les maisons individuelles et les maisons en rangée. Un tel changement dans les pratiques de construction pourrait faire croître de 3,5 % le nombre annuel de mises en chantier de logements avec entrée privée au Canada. C’est près de 4 000 mises en chantier supplémentaires par année. Dans des centres comme Calgary, la hausse atteindrait près de 8 %, tandis qu’elle serait d’environ 4,5 % à Toronto et à Ottawa. 

Figure 1 : Hausse potentielle du nombre annuel de mises en chantier de logements avec entrée privée si la croissance des coûts du bois, du plastique et des matériaux composites était la même qu’à Vancouver et à Montréal

Source : Calculs de la SCHL

Hausse potentielle du nombre annuel de mises en chantier de logements avec entrée privée si la croissance des coûts du bois, du plastique et des matériaux composites était la même qu’à Vancouver et à Montréal
Emplacement Croissance (%)
Toronto 4,3
Ottawa 4,5
Calgary 8,0
Edmonton 6,1
Canada 3,5

Depuis 2025, le bois d’œuvre canadien et, plus récemment, certains produits du bois transformé, font l’objet de droits de douane élevés de la part des États-Unis. Les économistes s’attendent généralement à ce que ces mesures commerciales pèsent sur l’économie canadienne et augmentent les coûts pour les entreprises et les consommateurs.

Toutefois, cette situation pourrait aussi présenter un avantage. Une diminution des produits du bois canadiens vendus aux États-Unis signifie qu’une plus grande quantité pourrait demeurer disponible au Canada. Cela pourrait aider à réduire les coûts pour les constructeurs d’habitations en les incitant à changer les matériaux et les techniques qu’ils utilisent.

Quand la construction résidentielle a cessé d’être viable financièrement 

Pendant la pandémie, le coût des intrants de la construction résidentielle a augmenté rapidement. Les grands promoteurs en sont venus à tirer la sonnette d’alarme : les projets de construction résidentielle n’étaient plus financièrement viables.

Depuis 2019, le coût de la construction résidentielle a grimpé de 74 % dans les principaux marchés de l’habitation au Canada. Cette hausse a largement dépassé l’inflation globale. Un changement important est survenu après l’imposition des droits de douane américains en 2025 : les matériaux qui exerçaient la plus forte pression sur les coûts de construction ont changé.

Pendant la pandémie, les matériaux de construction à base de bois ont enregistré des hausses de prix parmi les plus fortes, soit 147 %. Ces hausses y sont pour beaucoup dans l’accroissement des coûts de construction résidentielle durant cette période. La catégorie suivante était celle des ouvrages métalliques, dont le coût a bondi de 66 %. Même si elle était importante, cette hausse était loin de celle observée pour les produits du bois, les plastiques et les matériaux composites (voir la figure 2).

Figure 2: Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments (IPCB) pendant la pandémie, selon la division de construction (moyenne de 15 régions métropolitaines de recensement, du T1 2020 au T1 2023)

Sources : Statistique Canada et SCHL (analyse)

Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments (IPCB) pendant la pandémie, selon la division de construction (moyenne de 15 régions métropolitaines de recensement, du T1 2020 au T1 2023) (%)
Catégorie T1 2020 au T1 2023
Électricité 4
Automatisation intégrée 5
Communications 8
Sécurité et protection électronique 8
Chauffage, ventilation et conditionnement d’air 14
Exigences générales 15
Démolition 16
Ouvrages spéciaux 20
Lutte contre les incendies 22
Aménagements extérieurs 24
Systèmes transporteurs 25
Services d’utilités (services publics) 25
Terrassements 29
Plomberie 30
Maçonnerie 36
Ouvertures et fermetures 41
Revêtements de finition 42
Isolation thermique et étanchéité 43
Matériel et équipement 48
Charpente en acier 53
Béton 54
Ouvrages métalliques 66
Bois, plastiques et composites 147

Cette tendance n’a pas touché de la même façon les différents types de logements ni les différentes régions.

Les coûts de construction ont augmenté davantage pour les logements avec entrée privée que pour les grands immeubles, car ces logements exigent plus de produits du bois. La part des coûts de construction directement attribuable aux produits du bois, aux plastiques et aux matériaux composites est environ 16 fois plus élevée dans les petits bâtiments résidentiels que dans les tours d’habitation.

Dans l’ensemble des 15 régions métropolitaines de recensement (RMR) analysées, les coûts des intrants de la construction pour les logements avec entrée privée ont augmenté de 59 % de 2020 à 2023. Pour les tours d’appartements, les coûts des intrants se sont accrus de 37 %.

Tableau 1 : Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments selon le type de logement (du T1 2020 au T1 2023)
Géographie Tous les immeubles résidentiels Maisons individuelles Maisons en rangée Immeubles d’appartements de faible hauteur Tours d’appartements
Mesure composite pour 15 RMR 51 59 59 49 37

Sources : Statistique Canada et SCHL (calculs)

Les coûts de construction ont aussi évolué différemment d’un grand marché à l’autre. Vancouver et Montréal ont subi des hausses beaucoup plus faibles que plusieurs autres grandes villes. C’est peut-être en raison de leur proximité avec d’importantes régions productrices de bois d’œuvre. Cette proximité aurait facilité leur accès aux produits du bois pendant la pandémie.

Tableau 2 : Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments selon la RMR (du T1 2020 au T1 2023)
Type de logement Mesure composite pour 15 RMR Vancouver Edmonton Calgary Toronto Ottawa-Gatineau Montréal Halifax
Tous les immeubles résidentiels 51 33 55 62 70 51 37 36
Maisons individuelles 59 37 55 66 82 50 37 48
Maisons en rangée 59 37 59 71 80 53 38 48
Immeubles d’appartements de faible hauteur 49 37 57 56 77 56 39 43
Tours d’appartements 37 25 26 29 49 30 27 21

Sources : Statistique Canada et SCHL (calculs)

Puis les droits de douane sont entrés en vigueur

La situation a changé après l’imposition des droits de douane par les États-Unis en 2025. Les coûts de construction ont augmenté le plus fortement dans les catégories liées à l’acier, à l’aluminium et aux produits manufacturés.

Entre la fin de 2024 et le deuxième trimestre de 2026, les plus fortes hausses ont été observées dans les services publics, la plomberie, les systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (CVC), les ouvrages métalliques et les charpentes en acier. Toutes ces catégories dépendent fortement d’intrants visés par les droits de douane.

À l’inverse, les matériaux dont les prix avaient beaucoup fluctué pendant la pandémie ont connu un revirement complet et affiché une croissance faible, voire nulle, au cours de la même période. C’est le cas notamment des produits du bois, des plastiques et des matériaux composites (0 %), ainsi que du béton (+1 %).

Figure 3 : Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments après l’imposition des droits de douane, selon la division de construction (moyenne de 15 RMR, du T4 2024 au T2 2026)

Sources : Statistique Canada et SCHL (analyse)

Croissance de l’Indice des prix de la construction de bâtiments après l’imposition des droits de douane, selon la division de construction (moyenne de 15 RMR, du T4 2024 au T2 2026) (%)
Catégorie T4 2024 au T2 2026
Bois, plastiques et composites 0
Béton 1
Maçonnerie 2
Matériel et équipement 2
Sécurité et protection électronique 3
Aménagements extérieurs 3
Communications 3
Électricité 4
Automatisation intégrée 4
Revêtements de finition 4
Lutte contre les incendies 4
Terrassements 4
Démolition 5
Ouvrages spéciaux 5
Ouvertures et fermetures 5
Isolation thermique et étanchéité 6
Exigences générales 6
Systèmes transporteurs 6
Charpente en acier 8
Ouvrages métalliques 13
Chauffage, ventilation et conditionnement d’air 13
Plomberie 14
Services d’utilités (services publics) 15

Et la limonade dans tout cela?

L’idée est simple : si le Canada accroît l’utilisation de ses propres produits du bois, il pourrait être possible de ralentir la hausse des coûts moyens de construction en changeant les matériaux et les techniques que nous utilisons pour construire, surtout dans le cas des logements avec entrée privée.

Les droits de douane américains ont eu, et continueront d’avoir, des effets néfastes sur l’économie canadienne et le marché du travail. Ils nuiront notamment à de nombreuses industries qui fournissent des intrants au secteur de la construction résidentielle. Toutefois, ces droits de douane peuvent aussi rendre les produits du bois canadiens moins attrayants pour les acheteurs des États-Unis.

À court terme, une plus grande quantité de ces produits resterait sur le marché canadien, ce qui en ferait modérer la croissance des prix. Certains indices laissent entrevoir que ce changement est peut-être déjà à l’œuvre. Alors que le bois figurait parmi les intrants dont les coûts augmentaient le plus rapidement pendant la pandémie, il est devenu l’un des intrants plus stables depuis l’imposition des droits de douane.

Une des possibilités consiste à accroître le recours au bois massif et à d’autres technologies avancées de construction en bois. Bien qu’elles soient encore relativement peu répandues au Canada1, ces approches ont été mises en œuvre à grande échelle dans des pays comme la Suède2.

Le potentiel le plus intéressant pourrait se situer du côté des logements avec entrée privée. Ces logements utilisent davantage de produits du bois que les grands immeubles. Financièrement, ils sont devenus de plus en plus difficiles à construire ces dernières années. Il s’agit également des types d’habitations les plus recherchés par beaucoup de jeunes familles et d’acheteurs d’une première propriété.

Qu’est-ce qui se serait produit si les coûts des produits du bois, des plastiques et des matériaux composites avaient augmenté au même rythme que dans les RMR de Vancouver et de Montréal depuis 2019? Si cela avait été le cas, les coûts de construction des logements avec entrée privée auraient pu connaître une baisse allant jusqu’à 17 % dans certains centres.

Selon les parties prenantes du secteur de l’habitation, un des principaux obstacles à une utilisation accrue des produits du bois canadiens est l’insuffisance des infrastructures de transport est-ouest.

L’ambitieux programme fédéral Bâtir le Canada pourrait offrir des occasions de renforcer les réseaux de transport dont on a besoin pour acheminer plus efficacement les matériaux de construction partout au pays. Les efforts continus des gouvernements fédéral et provinciaux visant à réduire les obstacles au commerce intérieur pourraient aussi contribuer à relever ce défi. Ensemble, ces initiatives pourraient faciliter l’acheminement des produits du bois canadiens vers les marchés de l’habitation où les besoins sont les plus grands.

Le Canada ne peut pas contrôler la politique commerciale des États-Unis. En revanche, il peut choisir la façon dont il y réagit. La situation actuelle créée par les droits de douane offre l’occasion de s’attaquer aux problèmes liés à l’offre de logements au Canada tout en renforçant les liens entre le secteur forestier et le secteur de l’habitation. Un marché intérieur plus robuste pour les produits du bois canadiens pourrait favoriser à la fois l’augmentation de la construction résidentielle et la résilience de l’industrie forestière.

Article réalisé avec la collaboration de : Jordan Nanowski, Brahim Lgui, Thomas King

1 La construction en bois massif au Canada | Ressources naturelles Canada
2 Wood construction cuts climate footprint (en anglais seulement) | Swedish Wood

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Mathieu Laberge
Économiste en chef et Premier vice-président, Connaissance du marché

Mathieu Laberge dirige une équipe de spécialistes en économie et perspectives de l’habitation dont le travail éclaire les efforts du Canada pour s’attaquer aux principaux enjeux en matière de logement, y compris l’abordabilité du logement.

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