Et la limonade dans tout cela?
L’idée est simple : si le Canada accroît l’utilisation de ses propres produits du bois, il pourrait être possible de ralentir la hausse des coûts moyens de construction en changeant les matériaux et les techniques que nous utilisons pour construire, surtout dans le cas des logements avec entrée privée.
Les droits de douane américains ont eu, et continueront d’avoir, des effets néfastes sur l’économie canadienne et le marché du travail. Ils nuiront notamment à de nombreuses industries qui fournissent des intrants au secteur de la construction résidentielle. Toutefois, ces droits de douane peuvent aussi rendre les produits du bois canadiens moins attrayants pour les acheteurs des États-Unis.
À court terme, une plus grande quantité de ces produits resterait sur le marché canadien, ce qui en ferait modérer la croissance des prix. Certains indices laissent entrevoir que ce changement est peut-être déjà à l’œuvre. Alors que le bois figurait parmi les intrants dont les coûts augmentaient le plus rapidement pendant la pandémie, il est devenu l’un des intrants plus stables depuis l’imposition des droits de douane.
Une des possibilités consiste à accroître le recours au bois massif et à d’autres technologies avancées de construction en bois. Bien qu’elles soient encore relativement peu répandues au Canada1, ces approches ont été mises en œuvre à grande échelle dans des pays comme la Suède2.
Le potentiel le plus intéressant pourrait se situer du côté des logements avec entrée privée. Ces logements utilisent davantage de produits du bois que les grands immeubles. Financièrement, ils sont devenus de plus en plus difficiles à construire ces dernières années. Il s’agit également des types d’habitations les plus recherchés par beaucoup de jeunes familles et d’acheteurs d’une première propriété.
Qu’est-ce qui se serait produit si les coûts des produits du bois, des plastiques et des matériaux composites avaient augmenté au même rythme que dans les RMR de Vancouver et de Montréal depuis 2019? Si cela avait été le cas, les coûts de construction des logements avec entrée privée auraient pu connaître une baisse allant jusqu’à 17 % dans certains centres.
Selon les parties prenantes du secteur de l’habitation, un des principaux obstacles à une utilisation accrue des produits du bois canadiens est l’insuffisance des infrastructures de transport est-ouest.
L’ambitieux programme fédéral Bâtir le Canada pourrait offrir des occasions de renforcer les réseaux de transport dont on a besoin pour acheminer plus efficacement les matériaux de construction partout au pays. Les efforts continus des gouvernements fédéral et provinciaux visant à réduire les obstacles au commerce intérieur pourraient aussi contribuer à relever ce défi. Ensemble, ces initiatives pourraient faciliter l’acheminement des produits du bois canadiens vers les marchés de l’habitation où les besoins sont les plus grands.
Le Canada ne peut pas contrôler la politique commerciale des États-Unis. En revanche, il peut choisir la façon dont il y réagit. La situation actuelle créée par les droits de douane offre l’occasion de s’attaquer aux problèmes liés à l’offre de logements au Canada tout en renforçant les liens entre le secteur forestier et le secteur de l’habitation. Un marché intérieur plus robuste pour les produits du bois canadiens pourrait favoriser à la fois l’augmentation de la construction résidentielle et la résilience de l’industrie forestière.
Article réalisé avec la collaboration de : Jordan Nanowski, Brahim Lgui, Thomas King
1 La construction en bois massif au Canada | Ressources naturelles Canada
2 Wood construction cuts climate footprint (en anglais seulement) | Swedish Wood